Blog Haute Ecole de Coaching

Gourou vs. Coach : fantasmes et réalité

Rédigé par Fabienne Lemaigre-Voreaux | Jan 28, 2026 7:00:02 AM

#CoachPasGourou

Un hashtag. Trois mots. Une intention : remettre les mots à leur juste place. 

Le mot « coaching » provoque aujourd’hui des réactions immédiates. Curiosité, méfiance, espoir, rejet. Rarement de l’indifférence.  

Pour certains, il évoque un accompagnement structuré et exigeant. Pour d’autres, des promesses creuses, des discours séduisants, voire une forme d’emprise. Très vite, un autre mot surgit dans les esprits : « gourou ». 

Ce glissement n’est pas anodin. Il dit quelque chose de notre époque, de nos attentes, de nos peurs… Mais aussi des fantasmes qui entourent le coaching. Car à force de tout appeler « coaching », nous finissons par tout confondre :  

  • L’accompagnement et l’influence, 
  • La posture professionnelle et la promesse facile, 
  • Le cadre éthique et la dérive. 

Cet article vise à clarifier ce que l’est le coaching professionnel. À remettre de la précision là où règnent les amalgames. A distinguer, enfin, cet accompagnement tel qu’il existe réellement… des fantasmes qui lui sont trop souvent associés. 

 

Ce que le mot « coaching » cristallise aujourd’hui 

Le mot « coaching » est devenu un écran de projection. Chacun y dépose ce qu’il recherche, ce qu’il espère, parfois ce qu’il redoute :  

  • Un besoin de clarté, 
  • Un désir de changement, 
  • L’envie d’aller mieux, plus vite, 
  • Ou, au contraire, la peur d’être manipulé. 

Dans notre monde marqué par l’incertitude, la complexité et l’accélération permanente, le coaching apparaît souvent comme une promesse implicite : celle d’un raccourci. D’un éclairage rapide. D’une solution là où tout semble flou.  Ce n’est pas anodin. 

Le succès du mot « coaching » dit aussi quelque chose de notre époque : 

  • La fatigue de décider seul, 
  • La pression de devoir réussir, 
  • L’injonction permanente à se transformer, à s’adapter, à « devenir une meilleure version de soi ». 

Dans ce contexte, le coaching professionnel est parfois fantasmé comme une réponse globale, facile, morale. 
 

  • Quelqu’un qui aurait toutes les réponses. 
  • Quelqu’un qui guiderait. 
  • Quelqu’un qui montrerait la voie. 

C’est précisément là que le glissement s’opère. 

À force d'utiliser le mot « coaching » à tort et à travers, nous finissons par lui attribuer des pouvoirs qu’il n’a pas et à lui reprocher ensuite ce qu’il n’a jamais promis.  

Le coaching devient alors un mot-valise, utilisé pour désigner des réalités très différentes : 

  • Des pratiques sérieuses et encadrées, comme le conseil, la formation ou le mentorat, 
  • Mais aussi des discours d’influence, des méthodes simplistes, des promesses de transformation rapide sans aucun fondement, largement répondus sur les réseaux sociaux. 

Cette confusion alimente les fantasmes, qui brouillent tout. 

Car plus le mot « coaching » est flou, plus il devient facile d’y projeter le pire comme le meilleur. Plus il devient ensuite difficile de distinguer ce qui relève d’un coaching professionnel exigeant de ce qui relève de la sécution, de l’influence ou de la dérive.  

C’est cette confusion qu’il est nécessaire de déconstruire, pas à pas. 

 

Fantasmes, projections et réalités : ce que l’on confond en permanence 

 

  • Coaching et conseil : « dites-moi quoi faire » 

Le conseil repose sur une expertise. Le conseiller analyse une situation et recommande une solution. 

Le coaching professionnel fonctionne à l’inverse. Le coach ne dit pas quoi faire. Il ne prescrit pas. Il accompagne une réflexion pour permettre à la personne de prendre ses propres décisions. 

Quand on attend du coaching des réponses ou des solutions, on n’attend pas du coaching. On attend du conseil. 

 

  • Coaching et mentorat : « montrez-moi le chemin » 

Le mentor partage son expérience, son parcours, ses repères. Il transmet. 

Le coach, lui, ne transmet pas un modèle à reproduire. Il ne propose pas de trajectoire « idéale ». 

Confondre coaching et mentorat, c’est projeter sur le coach une autorité qu’il n’a pas vocation à exercer. 

 

  • Coaching et formation : « apprenez-moi » 

La formation vise l’acquisition de compétences, de savoirs, de méthodes. Elle repose sur un contenu structuré. 

Le coaching n’enseigne pas. Il ne transmet ni programme, ni méthode universelle. Il accompagne une mise en mouvement, à partir d’objectifs définis par la personne elle-même. 

 

  • Coaching et influence : « convainquez-moi » 

L’influence cherche l’adhésion. Elle repose sur le charisme, la persuasion, parfois la séduction. 

Le coaching professionnel exclut toute logique d’influence. Le coach ne cherche pas à convaincre, ni à orienter. Il crée un espace de réflexion, pas un rapport de pouvoir. 

 

  • Le risque derrière ces confusions 

Ces confusions transforment le coaching en un mot fourre-tout, dans lequel se mêlent pratiques sérieuses et discours problématiques. Plus ces distinctions sont floues, plus il devient facile d’associer le coaching à ce qu’il n’est pas. 

C’est précisément sur ce terrain que naissent les amalgames… et que s’installent les fantasmes. 

 

Gourou, influence, emprise : de quoi parle-t-on vraiment ? 

Le mot « gourou » n’est pas un slogan. Il ne désigne ni une caricature, ni une figure folklorique. Il renvoie à des mécanismes précis, bien documentés, dont les effets peuvent être profondément destructeurs. 

Un gourou n’est pas défini par son apparence ou son discours, mais par la relation qu’il installe. Cette relation repose généralement sur quelques ressorts récurrents. 

D’abord, la promesse : une promesse de changement rapide, de vérité révélée, de solution simple à des problèmes complexes. 
Le discours est cohérent, séduisant, parfois même rassurant. 
C’est précisément ce qui le rend crédible. 

Ensuite, la centralité : le gourou devient la référence, celui qui sait. Celui qu’on écoute. Celui sans qui l’on ne peut plus avancer. 

Puis vient la dépendance, progressive, rarement consciente. La personne accompagnée délègue peu à peu son jugement, sa capacité de décision, parfois même son esprit critique. 

Enfin, l’absence de limites. Pas de cadre clair. Pas de temporalité définie. Pas de contre-pouvoir. 

Ces mécanismes n’ont rien à voir avec le coaching professionnel. 

Là où le gourou cherche l’adhésion, le coach professionnel cherche la prise de recul. 

Là où le gourou renforce sa propre position, le coach travaille à sa discrétion, voire à sa disparition. 

Là où le gourou crée de la dépendance, le coaching vise l’autonomie. 

Cette différence est fondamentale. 

Un coach professionnel ne promet pas. Il ne détient pas de vérité à transmettre. Il ne s’érige pas en modèle. Il s’inscrit dans un cadre contractuel, limité dans le temps, avec un objectif défini par la personne accompagnée. 

C’est précisément ce cadre, ces limites et cette posture qui protègent contre les dérives. C’est aussi ce cadre qui disparaît dès lors que l’on confond coaching, influence et gourou. 

Comprendre ces mécanismes, ce n’est pas minimiser les dérives. C’est au contraire se donner les moyens de les identifier… et de les combattre efficacement. 

 

Ce qu’est réellement le coaching professionnel certifié 

Face aux amalgames et aux fantasmes, il est indispensable de revenir à l’essentiel. De décrire précisément ce qu’est le coaching, tel qu’il est pratiqué par des professionnels formés, encadrés et certifiés. 

Le coaching professionnel est un accompagnement structuré, inscrit dans un cadre clair, avec un objectif défini par la personne accompagnée. 

 

  • Une posture fondamentale : le non-savoir à la place de l’autre 

Le principe central de cet accompagnement est simple, mais souvent mal compris : 
le coach ne sait pas et ne fait pas à la place de son client. 

Il ne lui dit pas quoi faire. Il ne lui propose pas de solution clé en main. Il ne projette ni ses convictions, ni ses valeurs, ni son expérience personnelle. 

Son rôle est d’accompagner une réflexion, de questionner, de faire émerger des prises de conscience, afin que la personne accompagnée reste pleinement responsable de ses choix. 

C’est cette posture qui distingue radicalement le coaching de toute forme d’influence ou de prescription. 

 

  • Un cadre clair et protecteur 

Le coaching professionnel s’exerce dans un cadre éthique explicite : 

  • Un contrat, 
  • Des objectifs définis, 
  • Une temporalité limitée, 
  • Des règles éthiques claires, définies par la charte de déontologie métier. 

Ce cadre est ce qui protège la personne accompagnée comme le coach lui-même. Il fixe des limites. Il empêche les glissements.  Il exclut toute relation de dépendance. 

Un accompagnement sans cadre n’est pas du coaching professionnel. 

 

  • Une éthique exigeante 

Cet accompagnement repose sur des principes éthiques forts : 

  • Respect de l’autonomie de la personne, 
  • Confidentialité, 
  • Non-jugement, 
  • Non-influence, 
  • Co-responsabilité : le coach a une obligation de moyens, le client une obligation de résultats, 
  • Supervision régulière du coach. 

Ces principes sont formalisés, enseignés, supervisés. Dès lors qu’un professionnel s’autorise à conseiller, à orienter, à prescrire ou à promettre, il sort du champ du coaching. 

 

  • Une reconnaissance institutionnelle, souvent ignorée 

Contrairement à une idée répandue, le coaching professionnel n’est pas une pratique informelle ou auto-proclamée. 

En France, il existe des certifications professionnelles enregistrées au RNCP, qui reconnaissent officiellement les compétences nécessaires à l’exercice du coaching professionnel. Par exemple, celle du Groupe Evolution & Perspectives. 
Ces certifications s’appuient sur des référentiels précis, des exigences de formation, d’évaluation et de pratique. 

Cet accompagnement s’inscrit également dans des cadres déontologiques européens et internationaux, portés par des fédérations reconnues comme l’EMCC France et l’ICF France. 

Il s’agit d’un métier encadré, exigeant et responsable, même s’il n’est pas, à ce jour, réglementé au sens strict. 

 

  • Un objectif clair : l’autonomie, pas la dépendance 

Enfin, le coaching professionnel a une finalité explicite : rendre la personne accompagnée plus autonome, plus consciente de ses choix, plus responsable de ses décisions. 

Un coach professionnel travaille à ce que l’accompagnement prenne fin. Il ne cherche ni à durer, ni à se rendre indispensable. 

C’est peut-être là la différence la plus nette avec les dérives que l’on dénonce aujourd’hui. 

 

Pourquoi les amalgames sont un problème réel 

Les amalgames autour du coaching ne relèvent pas d’un simple débat de mots. Ils ont des conséquences très concrètes. En mélangeant des pratiques sérieuses avec des discours d’influence ou des dérives d’emprise :  

  • On brouille la compréhension du public, 
  • On empêche les personnes de faire des choix éclairés 
  • On invisibilise les véritables pratiques problématiques.  

Pire encore, cette confusion décrédibilise les coachs professionnels certifiés responsables et appauvrit le débat public, qui devient émotionnel, caricatural et improductif.  

Dénoncer « le coaching » de manière globale, sans distinction ni précision, revient paradoxalement à affaiblir la lutte contre les dérives que l’on prétend combattre. 

 

Faire reconnaître le coaching, collectivement 

Clarifier ce qu’est le coaching professionnel est une nécessité. Tant que les mots restent flous, les amalgames persistent. Tant que les amalgames persistent, les pratiques sérieuses sont fragilisées, les dérives mal identifiées et le débat public appauvri. 

La responsabilité ne repose pas uniquement sur les médias ou sur ceux qui critiquent. Elle repose aussi sur les professionnels du coaching eux-mêmes. Sur notre capacité à expliquer, à montrer, à rendre visible ce qui fonde réellement leur pratique. 

C’est dans cet esprit que nous lançons un hashtag : #COACHPASGOUROU

Un hashtag pour permettre aux coachs professionnels certifiés de reprendre la parole collectivement pour : 

  • Clarifier leur posture, 
  • Clarifier leur cadre, 
  • Clarifier ce qui distingue un accompagnement professionnel responsable d’une pratique d’influence ou de promesse. 

Parce que sortir des fantasmes autour du coaching commence par une chose simple, mais exigeante : remettre les mots à leur juste place, ensemble.